La résiliation anticipée du contrat de bail (art. 264 CO)

Je suis locataire d’un appartement et souhaiterais partir avant la fin déterminée du bail. Est-ce possible ? Quelles sont les conditions à remplir pour qu’une telle démarche soit acceptable ?


I. Généralités

Lors de la location d’un appartement ou tout autre objet de bail d’habitation ou de bail commercial, le locataire peut restituer le bien de manière anticipée, à certaines conditions. Cette disposition est semi-impérative, c’est-à-dire que les parties ne peuvent pas convenir d’une manière de régler la situation qui soit moins favorable au locataire. De même, le contrat de bail ne peut pas prévoir d’indemnités supplémentaires en cas de résiliation anticipée du contrat de bail.

II. Conditions

Pour pouvoir résilier de manière anticipée le contrat de bail, c’est-à-dire sans respecter les délais légaux ou le terme de congé, le locataire doit respecter certaines conditions. Tout d’abord, il doit présenter au bailleur un nouveau locataire qui soit solvable. Ce dernier doit pouvoir payer régulièrement le loyer et les frais accessoires liés au bail. Pour ce faire, il faut regarder la situation économique du candidat proposé, en prenant en compte son revenu et les ressources de la personne avec qui celui-ci fait ménage commun cas échéant. Il ne faut pas non plus qu’il soit sujet à des poursuites.

De plus, le bailleur ne doit pas pouvoir raisonnablement refuser le nouveau locataire. Cela signifie qu’il doit être objectivement acceptable. La situation se détermine de cas en cas, en fonction notamment de la destination du bien ou selon la personnalité du candidat. Le refus doit se baser sur de justes motifs.

Enfin, le nouveau locataire doit être d’accord de reprendre le bail aux mêmes conditions concernant le loyer, la durée du bail, la destination des locaux et les clauses particulières.

III. Acceptation ou refus du candidat, absence de candidat acceptable

Si le bailleur accepte le candidat, celui-ci reprend le bail (transfert de bail). Les conditions contractuelles ne peuvent pas être changées, sauf si un nouveau contrat est conclu.

Il n’existe pas d’obligation pour le bailleur d’accepter le nouveau locataire et le transfert de bail. Il doit simplement motiver sa décision. En revanche, si les conditions énoncées précédemment sont remplies, l’ancien locataire est libéré de ses différentes obligations (comme le fait de payer le loyer ou trouver un nouveau candidat) dès qu’il propose un nouveau locataire compatible, que celui-ci soit accepté ou non. Si le bailleur ne répond pas, ne motive pas sa décision ou propose au candidat d’autres locaux, ceci est assimilé à un refus du nouveau locataire.

S’il n’y a pas de candidat acceptable, le locataire doit s’acquitter du loyer jusqu’à la fin du contrat de bail ou à l’échéance du délai légal ou contractuel. Cependant, il faut déduire de la facture les impenses qui ont pu être évitées (frais de chauffage, d’électricité…) et des profits tirés de l’usage du bien ainsi que ceux auxquels il a intentionnellement renoncé.

IV. Et pour la résiliation anticipée du bailleur ?

Le bailleur ne peut pas résilier le contrat de manière anticipée. Il doit suivre les conditions légales ou contractuelles, comme les délais ou l’utilisation de la formule agrée par le canton. Si la résiliation entraîne des inconvénients importants pour le locataire, celui-ci peut demander une prolongation du contrat.

V. Conclusion

Le droit des contrats suisse est basé sur le principe de la protection de la partie faible. Ceci entraîne ainsi certains avantages pour le locataire et quelques obligations supplémentaires pour le bailleur.

Il est important pour le locataire, comme pour le bailleur de connaître ses droits et obligations pour éviter des problèmes lors de l’application de ceux-ci. Le droit du bail est un droit extrêmement formaliste, qui ne tolère ni approximations, ni erreurs. Certains diraient même qu’une croix dans la mauvaise case peut sceller le sort d’un procès et nous aurions tendance à leur donner raison. Partant, pensez à vous faire conseiller avant d’agir.


Co-écrit par Albertine Necker (Présidente ELSA, étudiante en 3ème année de droit)

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